Dis, pourquoi tu t’es suicidé toi ?

5 septembre 2003, jour de rentrée, 15h, je reviens du lycée, j’ouvre la porte de notre appartement. Une odeur envahie tout mon corps en un instant. Cette odeur est puante, elle me fait mal rien qu’en la respirant. A ce moment présent, je ne sais pas encore qu’elle finira par me hanter pour toujours. Je ne sais pas encore que ma douleur va être indéfinissable, je ne sais pas encore que même après t’avoir dévasté, la vie peut encore te massacrer plus fort.

Cela fait deux mois et deux jours que maman est morte. Ma soeur est partie vivre chez son homme. Tes enfants, (ma soeur et mon frère de coeur) sont partis vivre chez leur mère à temps plein. Papi et mamie préparent leur déménagement pour l’autre bout de la france. Il ne me reste que toi, mon beau père pour ne pas dire mon père, puisque tu l’as remplacé.

Je marche instinctivement récupérer le courrier que tu me laisses chaque jour sur mon bureau. Je le prends et je lis… Comme chaque jours, les larmes envahissent mon visage et mon coeur se noue. Mais aujourd’hui c’est différent. Tout se disperse à l’intérieur de moi. Tes mots me touchent et il me font plus mal que d’habitude. Ce n’est pas clair, tu m’aimes mais tu ne peux plus… Que veux-tu dire par là ? Tu ne veux plus habiter avec moi ? Ah non ! Ce n’est pas ça. Tu ne veux plus supporter ta souffrance. Tu ne veux plus de la vie. Tu lui en veux au point de la quitter.

Je me précipite alors jusqu’à votre chambre. Cette odeur me brûle les poumons, la musique est tellement forte dans cette pièce, si violente. Elle me fait entrer dans un état de transe, je déraille, je deviens folle, je ne suis plus moi. J’ouvre la porte et je meurs.

Ton sang a recouvert les murs, le sol, le lit, ton corps s’en est vidé. Tu es mort. Tu as pris ton fusil, tu l’as mis contre ton coeur et tu as tiré ! Tu es mort. Tu as tiré.

Cette fois ce n’est pas un épisode des experts, il ne suffit pas d’appuyer sur un bouton pour oublier cette épisode tragique de l’homme qui ne pouvait pas vivre sans la femme de sa vie. Cette épisode ou l’adolescente se retrouve seule face à un monde effrayant, le coeur pillée.  Cette fois c’est notre histoire qui se grave dans mon âme. Dix ans se sont écoulés. J’ai mal, je pleure et je ne sais pas encore très bien à qui j’en veux. Je suis énervée et je l’intériorise à merveille, tout comme mon sentiment de solitude et d’abandon terrifiant.

loup

Cette image, c’est l’accumulation des hurlements que je garde en moi et qui me dévorent. Je ne sais pas bien si je m’en veux de n’avoir pas su te garder à mes côtés. Je ne sais pas si je t’en veux de m’avoir laissé toute seule affronter nos blessures, ta disparition, la vie. Je ne sais pas si j’en veux à la vie de m’avoir tant enlevé.

Je nous revois encore en train de nous livrer l’un à l’autre, ivre, triste mais ensemble. Nous ne partagerons plus jamais de moments tous les deux. Nous ne prendrons plus le temps d’apprendre la vie.

Dix ans plus tard, je pense à toi, à vous. Vous êtes en moi pour toujours, je vous aime et vous me manquez atrocement.

Ta fille.

Publicités

4 réflexions sur “Dis, pourquoi tu t’es suicidé toi ?

Laisser un super commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s